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Friday, November 2, 2012

Le Museum of everything - Humpday, de Lynn Shelton

Tout... tout, mais pas n'importe quoi et certainement pas n'importe qui. Voilà ce que j'ai laissé dans le livre d'or du Museum of everything. Je ne suis pas sûre qu'on réussisse vraiment à traduire cette idée du n'importe quoi. Il est ici sublimé, ce fouillis d'horreurs qui prend son sens uniquement dans le nombre. Aucun des artistes exposés dans cette collection de divers contributeurs à travers le monde et qui voyage de pays en pays grâce au bénévolat et aux dons pour l'association, n'a suivi de cursus artistique. Ni même ne se revendique en tant qu'artiste, en fait. Il y a en vrac des prêcheurs, un SDF, une dentiste aussi je crois... Des gens presque normaux mais obnubilés par une idée, une seule et unique le plus souvent, qu'ils déclinent par le biais de la peinture, de la photographie, de la sculpture,... Un aveugle manie le marteau et le burin pour défoncer des toiles de zinc en des épouvantails terrifiants, la peinture ne trouve pas forcément son support sur de la toile, un type crée des moulins à vent de bois,... Un autre a même créé un village entier de poupées mécaniques plein d'humour.


Ces hommes et ces femmes ont été découverts, sans chercher une quelconque gloire, et sont sortis de l'anonymat. La question du beau de leur œuvre ne se pose pas. Leur production leur rend simplement la vie plus légère en concrétisant une intériorité étouffante. Cachés au fond de leurs granges, dans leurs églises, ils créent sans monétiser, pour faire passer un message. L'art prend tout son sens dans cette exposition. C'est le moyen d'expression indispensable pour s'extirper de la folie.


L'espace du Chalet society est à l'image de ces artistes peu conventionnels. L'immeuble vide, sur deux étages, est illuminé sans chichis; le parquet grince et il n'y a pas de chauffage. Certaines œuvres sont exposées dans des cabines de douche individuelles. Les textes qui décrivent le contenu de chaque salle est en français et en anglais - les personnes bénévoles qui gèrent l'exposition sont totalement anglophones - et d'autres artistes, eux, reconnus, comme David Byrnes ou Annette Messager, décrivent leurs découvertes et leur émerveillement face à cet art brut.


J'en profite pour évoquer le film Humpday, dans lequel deux amis qui se retrouvent après quelques années ont l'idée de participer à un festival de films amateurs pornographiques. Il est cependant plus compliqué, une fois sobre, de passer à l'action. Nos deux héros tiennent le cap, par amour de l'art. Leur œuvre voudrait revendiquer une amitié de toujours entre deux hétérosexuels mâles. Le beau, la technique, la lumière, le jeu, ils n'y entendent rien. L'important, dans l'art, est d'avoir quelque chose à exprimer.


Sans vous poiler, Ben et Andrew auront du mal à aller au bout de leur idée. Derrière leur envie d'art se cache surtout pour l'un le constat amer d'un passé inutile, et pour l'autre la part d'un engagement dans l'avenir.


L'art est peut-être tout et n'importe quoi, mais surtout, c'est un besoin nécessaire et profond qui s'échappe sans contrôle.



jusqu'au 16 décembre 2012 - prolongée jusqu'au 24 février 2013
Au Chalet Society - 14, boulevard Raspail 75007 Paris
Entrée 5e, gratuit pour les étudiants

Humpday
de Lynn Shelton
avec: Mark Duplass, Joshua Leonard, Alycia Delmore,...
sortie française: septembre 2009

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